Architecture

La révolution du Cloud

Publié le : Auteur: Emmanuel Lesne Laisser un commentaire
Run, Dev, ALM at cloud

Le « cloud » tout le monde en parle. Les articles de presse en sont remplis. Les cabinets débordent de white-papers tous plus épais les uns que les autres. Mais en fait de quoi parle-t-on ? DropBox installé sur un HTC et un PC ? Que vient faire Microsoft dans ces articles ? Pourquoi toutes les DSI s’y intéressent ?

Avec quelques consultants Antéo, nous nous sommes lancés dans une vision synthétique. Notre rôle de conseil nous demande de prendre position. La voici !

Le titre de l’article est volontairement provocateur, « La révolution est en marche ». En 1er lieu, posons le contexte.

Contexte

3 notions de bases sont nécessaires pour commencer:

  • IaaS: Infrastructure As a Service. Il s’agit d’utiliser une infrastructure matérielle (serveur, réseau, etc) sans installer quoi que ce soit sur son propre matériel.
  • PaaS: Plateforme As a Service. Une plateforme logicielle est manipulée, utilisée tel un administrateur de DB ou de serveurs d’applications type WebSphere. Fini l’installation, les patchs, l’allocation et la répartition d’espaces disques, etc. L’utilisation est directe sans contexte matériel.
  • SaaS: Software As A Service. Le « service » final utilisateur. Salesforce, Office 365 ou Google Drive en sont de bons exemples. L’entreprise paie pour un espace ou un service dédié tel que le CRM.

A ces notions s’ajoutent des regroupements plus « logiques » que nous préférons utiliser chez Antéo : Run@Cloud, Dev@Cloud et ALM@Cloud. La paternité des deux 1er revient à Cloudbees ;-). Elles regroupent les activités des professionnels de l’informatique lors de la construction de solutions, leur déploiement, leur gestion, leur suivi, etc.

Run, Dev, ALM at cloud

Le Run@Cloud regroupe les activités suivantes:

  • Déploiement d’applications
  • Exécution d’applications
  • Moteurs de bases de données
  • Gestion des réseaux
  • Sécurisation des accès
  • Espaces de stockages

Bref tout ce qui permet à un logiciel de s’exécuter !

Le Dev@Cloud porte sur ce que touche un développeur, c’est-à-dire:

  • Son environnement, IDE
  • La gestion des versions des fichiers et de la configuration logicielle
  • Les serveurs d’applications de dev, test et qualif
  • La mesure de la qualité du travail
  • Les données de tests

Enfin, le dernier regroupement est ALM@Cloud. Il s’agit des activités de gestion et de suivi:

  • Gestion de l’activité quotidienne
  • Suivi de l’évolution des projets
  • Construction des documents (livrables, release notes, etc.)
  • Gestion des binaires et du store

Le schéma suivant regroupe les principaux mots clés portés par ces regroupements logiques @Cloud. Perimetres

Les éléments de la révolution

Le contexte dressé, attaquons le cœur du sujet. Quelles sont les lignes actuelles et vers quoi s’orientent-elles ?

Au niveau du Run@Cloud, la virtualisation de ressources serveurs ou réseau a été démontré. Nous ne rencontrons plus aucun client qui n’a pas déjà mis en place au moins une des solutions de virtualisation type vmWare ou Microsoft. Avec le Run@Cloud, il n’y a plus de logiciel de gestion de serveurs à installer. La « machine » support est déjà prête… et presque illimitée.

Les avantages principaux à utiliser ces mécanismes sont:

  1. La facilité d’accès aux plateformes IaaS (Amazon, Microsoft, etc). Les produits sont matures et de nouvelles fonctionnalités apparaissent tous les mois. Difficile pour un hébergeur classique d’être aussi innovant !
  2. L’investissement initial est minime. Une carte bancaire et l’accès est total. Pas de frais de départ qui réduiraient le ROI. Le service publié ne trouve pas ses clients, pas de problème, il est arrêté. Le système de facturation a l’immense mérite d’être simple.
  3. Les grands acteurs IaaS garantissent une qualité de service inclues dans leurs offres.
  4. Enfin la lame de fond SOA est un facilitateur. Les bus d’entreprise virtualisent les services, il n’y a donc pas de différence entre un service On-Premise (hébergé en interne ou un prestataire) ou sur un IaaS.

Côté Dev@Cloud, les lignes commencent à bouger grâce à des acteurs pertinents tels que CloudBees.

  1. Les socles et outils de constructions sont prêts à l’emploi pour les projets. Démarrage immédiat et croissance en fonction des besoins, des priorités ou des contraintes techniques.
  2. Toutefois, les IDE restent sur le poste de travail. Les initiatives de Eclipse Orion ou Codenvy restent encore marginales.
  3. Les acteurs de référence comme RedHat avec sa communauté JBoss propose des environnements « ready to go » (cf. OpenShift) sur des technologies largement diffusées (Java, JBoss, mysql, PHP, etc.). De plus, l’intégration aux environnements JBoss Tools et aux serveurs d’applications internes rassurent les décideurs.

Pour l’ALM@Cloud, celui-ci décolle depuis quelques années par sa diffusion dans le monde OpenSource. Les outils Atlassian ou CollabNet ont fait leurs armes et ont réussi à démontrer leurs plus-values. Le « cloud » est dans leurs gênes. Ils sont disponibles pour les projets OpenSource depuis plusieurs années.

De plus, la multiplicité des services SaaS sur le web a permis de casser une barrière psychologique. De nombreuses entreprises y voient un avantage à payer un service hébergé par autrui sans supporter une infrastructure qui doit s’adapter à la quantité de projets, au nombre de développeurs, etc. Les clients y sont aussi pour quelque chose. L’agilité ou leur désir de visibilité exige des services accessibles pour cette population externe au SI.

Enfin, une cause supplémentaire et non négligeable est … l’ Utilisateur@Cloud 😀 .

  1. La profusion de services SaaS tels que gmail, dropbox, picasa, etc. nous habituent à ces services « en ligne ».
  2. Ils sont disponibles instantanément et simplement sur nos smartphones et tablettes.

Il est alors naturel que ces nouveaux « usages » soient demandés par les utilisateurs finaux pour travailler !

Nous y sommes donc, la quadrature du cercle est faite. Les Systèmes d’Informations sont cernés par un resserrement des coûts. Les équipes veulent travailler vite et mieux. Les MOA exigent de la visibilité et de tenir le TTM (Time-to-Market). Les utilisateurs sont demandeurs de simplicité et de mobilité.

Impacts sur les méthodes et les usages

La mise en œuvre de solutions @Cloud modifie les usages et par conséquence les méthodes et processus sous-jacents.

Le 1er impact est la disponibilité immédiate des ressources informatiques. Les plateformes IaaS répondent instantanément au besoin. Dans le cadre d’un projet au forfait, le délai est une contrainte forte. La durée d’attente de la disponibilité des plateformes est souvent un frein.

Voici quelques exemples d’impacts significatifs:

  • Lors de livraison d’une Release, chaque environnement est sauvegardé. Il est remonté, plus tard (jours, semaines, etc), en quelques minutes afin de réaliser des tests de non régression ou reproduire une anomalie.
  • Faire un test de tenue à la charge ne nécessite plus de location de matériels. Une duplication, un accroissement de la puissance et du nombre d’instances est réalisé en quelques heures. Ces instances sont arrêtées, jetées ou archivées en quelques minutes une fois les mesures prises.
  • Les jeux de données en base peuvent être stockés, dé/remontés facilement et rapidement pour être utilisés à chaque run de l’intégration continue et en qualification fonctionnelle.
  • Les investissements se font à l’usage pour le DataWarehouse avec des solutions comme AWS RedShift. Un rapport stratégique à sortir en urgence en croisant un nouveau puits de données ? Pas de problème, la construction du rapport se fera en live sur les données de production.

Le 2nd impact est le couplage faible d’un donneur d’ordres avec ses prestataires. Ce couplage prend aujourd’hui 2 formes majeures.

1. Les informations métier et organisationnelles nécessaires au bon déroulement du projet. Il s’agit de documents, de compte-rendu, d’expressions des besoins, etc.

Les outils ALM@Cloud apportent leurs lots d’outils générés, hébergés en dehors du SI du producteur/éditeur de logiciel. La transition ou la collaboration entre 2 acteurs est facilitée puisque seuls les hommes changent. C’est un atout non négligeable en ce qui concerne le décommisionnement.

2. Le management des plateformes de production via des outils de contrôle, de mesure, de déploiement, etc.

Enfin sur cette gestion des plateformes, il s’agit d’abstraire les fournisseurs IaaS comme le proposent déjà les services PaaS. Un service Oracle DB reste un service Oracle DB même s’il passe d’Amazon RDS à Oracle DB Cloud Service. Ces outils d’abstraction sont OpenStackEucalyptus, Oracle Enterprise Manager, etc. . Ils ne présupposent pas ou peu de l’hébergement final. De nouveaux outils apparaissent et les ingénieurs systèmes montent dans les couches d’abstraction avec l’aide de Chef ou Puppet.

Le 3ème impact est sur l’environnement et outillage du développeur. Les ALM@Cloud et les outils Dev@Cloud s’intègrent rapidement et efficacement. Les « usines » logicielles sont maintenant prêtes avant les développeurs :-).

Enfin le 4ème impact est le poste du développeur en lui même. Il ne sera bientôt plus nécessaire d’exécuter en local des serveurs d’applications, des bases de données, voir un IDE. Actuellement, ces ressources partagées sont mises à disposition et intégrés à l’IDE. L’arrivée des IDE tel que codeEnvy déportera l’environnement complet. Est-ce la fin de l’armement avec toujours plus de CPU et de RAM ?

Le bouleversement du cloud touche tous les acteurs de l’informatique. Le fait marquant est la transformation des usages qui se préoccupent de moins en moins des contraintes de ressources physiques.

Synthèse

Malgré cette photo qui se veut large, nous sommes certain que les services du « Cloud » n’ont pas encore révélés tous leurs bénéfices. Amazon, Microsoft, IBM, Oracle pour ne citer que les plus gros innovent quotidiennement pour gagner ( et ne pas perdre) des clients. Nous sommes inondés de nouveautés quotidiennement. Il nous faut souvent échanger, partager, analyser pour en ressortir un avis pour déceler de nouveaux usages qui seront des avantages concurrentiels.

Au final, la seule question que chacun doit se poser est « comment exploiter ce potentiel gigantesque ? » … car votre concurrent va le faire !

Soyez-en certain, la révolution est en marche.

 

Auteurs

Yann, Manuel et Emmanuel