Evènements

Richard M. Stallman était à Niort le 19 mars 2013

Publié le : Auteur: Ronan Bernabé 7 commentaires
Richard Stallman

Mardi 19 mars à Niort avait lieu une conférence animée par Richard Stallman dont le sujet, sans surprise, était le logiciel libre. Une conférence gratuite tous publics, à l’initiative du département STID de Niort de l’IUT de Poitiers, qui a fait salle comble.

Dès le début Richard Stallman donne le ton : la conférence est libre et elle doit le rester. Il demande à ce que les photos et les vidéos de la conférence ne soient pas publiées sur des réseaux de diffusion “privateurs”. Le mot est lâché. Exit les Facebook, Twitter et autre Google. Exit aussi les formats MPEG ou Flash. Les premiers ne donnent pas aux utilisateurs le plein contrôle des données publiées, et collectent même parfois des données sur les personnes non inscrites. Les seconds sont des formats soumis à des brevets ou pas assez ouvert. Dans les deux cas, l’exploitation par les utilisateurs ne peut donc pas être totale.

Puis la conférence rentre dans le vif du sujet : la société se numérise de plus en plus, mais est-ce une bonne chose ? Faut-il y participer ? La réponse semble simple : oui cela est une bonne chose si cela contribue au développement de la société, sans restreindre les libertés collectives et individuelles. Mais voila, dans les faits, la surveillance, la censure, l’atteinte à la neutralité du Net… sont des maux de plus en plus présents. R. Stallman cite quelques exemples mais ils sont légions pour qui sait prendre un peu d’indépendance et s’écarter des grands médias d’information, trop proches des dirigeants d’états et des entreprises du numérique.

Mais revenons au logiciel libre. Pour R. Stallman (et la FSF), pour qu’un logiciel soit libre, il doit répondre à 4 libertés :

0- liberté d’exécuter le programme quand l’utilisateur le souhaite,
1- liberté d’étudier le code source du programme et de l’adapter à ses besoins,
2- liberté de redistribuer le programme,
3- liberté de redistribuer un programme modifié.

Les deux premières libertés assurent une liberté individuelle, les deux suivantes une liberté collective. Tout cela assure à l’utilisateur une maitrise totale du logiciel. Le logiciel devient privateur s’il n’accorde pas ces quatre libertés. Au mieux l’utilisateur ne peut pas modifier le programme. Au pire, l’éditeur du programme peut exécuter des opérations sur le poste de l’utilisateur sans son accord voire de façon cachée. L’éditeur s’octroie alors un certain pouvoir sur l’utilisateur.

Il est à noter que le libre n’est pas l’ennemi du commercial. Quand une entreprise fait développer une application informatique par un sous-traitant, le contrat stipule souvent que le programme et ses sources deviendront propriété du demandeur. La société s’assure donc de l’obtention de toutes les libertés sur le programme. Attention aux licences Open Source qui sonnent bien d’un point de vue marketing, mais qui dans les faits n’accordent pas forcément les 4 libertés du libre.

La conférence se poursuit et aborde le système éducatif, les écoles, lycées, facultés… L’étude, le partage, le développement communautaire, autant de piliers communs du libre et de l’éducation. Exit donc les logiciels privateurs donnés gratuitement aux écoles. R. Stallman fait alors l’analogie avec les drogues dont la première dose serait gratuite. Cette analogie, choquante car mêlant les termes enfants et drogues dans deux problèmes de gravités très différentes, se base néanmoins sur l’objectif unique des deux pratiques : l’augmentation des parts de marché.

R. Stallman aborde ensuite le problème de l’acquisition des données personnelles et des usages qui en sont faits. Les utilisateurs sont bien peu regardant sur les conditions d’utilisation des services. Et les éditeurs bien peu bavards sur l’obtention et les usages des données personnelles. Les utilisateurs n’ont clairement pas le contrôle des logiciels tels les réseaux sociaux. Idem pour les entreprises qui choisissent le très en vogue Cloud pour l’hébergement de leurs infrastructures, applications et services, rendant ainsi une partie de leurs libertés à un tiers. D’autant que nombreux sont les services dont les données sont hébergées aux États-Unis, donnant un droit de regard à l’état américain sur ces données personnelles.

Le vote électronique est aussi un sujet sensible et un cas particulier. Comment valider le bon déroulement d’une procédure de vote quand l’objectif premier est de collecter de façon très contrôlée des opinions anonymes. Le système actuel de vote physique en vigueur en France est très efficace pour cela. Le contrôle du processus est continu, tout le monde surveille tout le monde dans le bureau de vote. Difficile aussi de contraindre quelqu’un à voter contre sa volonté. Pas besoin de connaissance précise pour déceler des erreurs dans la procédure. Or le vote électronique ne répond pas à tous ces besoins. Difficile de contrôler le logiciel de vote sans être expert. Difficile de savoir si la procédure se déroule correctement au niveau du logiciel. Et si le vote se fait à distance, qui contrôle qu’une personne vote sans contrainte ?

Les problèmes de durée et de rémunération des droits d’auteurs sont brièvement abordés. L’écart de salaire notamment entre les artistes très populaires et ceux moins populaires. Puis le sujet des conditions d’utilisations des services termine le monologue. Imaginez l’achat d’une voiture pour lequel le contrat de vente stipule que le vendeur peut collecter et utiliser à sa seule discrétion les données personnelles sur l’usage que vous faites du véhicule (trajets effectués, nombre de passagers, vitesses des parcours…). Que le vendeur peut changer les conditions de ventes à tout moment et que vous devrez accepter sans réserve ces nouvelles conditions pour pouvoir continuer à utiliser votre véhicule. Certaines fonctionnalités du véhicule pourront même être supprimées sans votre consentement ni même avoir à vous donner de raison. Inimaginable ? Alors lisez les conditions d’utilisations des principaux services “offerts” sur le Net. Il pourrait être envisageable qu’une décision de justice soit nécessaire dans certains cas être pour faire cesser un service contre l’avis de l’utilisateur.

La conférence s’achève par une vente aux enchères d’un gnou au profit de la FSF. Petite peluche qui pourra tenir compagnie au manchot (ne dites plus Linux mais GNU/Linux).

  • Nicolas

    Le logiciel libre est un état d’esprit. J’ai donné beaucoup de mon temps il y a quelques mois, j’ai énormément appris pendant cette période (2 bonnes années) mais c’est chronophage.

  • éric antoine

    Il y a 5 ans, on prédisait la mort des logiciels libres. Je vois que le système fonctionne toujours même si ils n’ont pas encore trouver un réel business model

  • Anonyme

    Bonjour
    un tres bon article
    merci
    🙂

  • dans un monde de plus en plus capitaliste, je trouve que les logiciels libres sont les bienvenus pour tous les amateurs d’informatiques, développeurs et programmeurs en herbe qui essayent de se faire une place en ce monde.

  • Bon article sur les logiciels libres

    merci

  • Le libre est un des fondements du WEB d’aujourd’hui, un très bon article.

  • Article très intéressant et descriptif sur les logiciels libres qui sont considérés comme le moteur essentiel du web .
    merci pour ces informations.