Zoom sur la méthode Kanban

De nombreux articles mentionnent la méthodologie Kanban mais d’où vient-elle et que peut-elle apporter dans l’informatique ? Nous présenterons tout d’abord les origines de cette méthode dans le monde de l’industrie pour comprendre son utilisation actuelle.

Les origines de Kanban

La méthodologie Kanban a été inventée par Taiichi Ōno pour Toyota en 1950. La société japonaise souhaitait optimiser sa capacité de production pour être compétitive face aux américains. Elle se base sur l’approche Lean qui permet une gestion de la production sans gaspillage.

Cette approche en flux tendu consiste à limiter la production d'un poste en amont d'une chaîne de travail aux besoins exacts du poste aval.

La méthode Lean repose sur quelques principes qui semblent évidents :

  • Réduire les coûts de production
  • Eviter la surproduction
  • Diminuer les délais
  • Produire avec la meilleure qualité possible

5 conditions sont nécessaires pour y parvenir et sont l'origine des difficultés rencontrées  pour la mettre en place :

  • 0 délai
  • 0 stock
  • 0 papier
  • 0 défaut
  • 0 panne

Quelle utilité dans l’industrie ?

L’industrie souhaite favoriser le flux tendu pour limiter les stocks et ainsi permettre un gain de place et d’argent. Kanban peut permettre de passer au flux tiré comme vu précédemment.

Par exemple, considérons cette chaîne de production composée de 3 postes de travail avec une capacité maximale de production exprimée en pièce par heure :

chaine de productionDans le cas classique, nous aurions envie de produire au maximum avec le poste 1, soit 3 pièces par heure. Le poste 2 pourrait traiter aussi ces trois pièces sans tourner au maximum. Malheureusement, le poste 3 étant limité à 2 pièces par heure, il ne peut absorber toutes les pièces arrivant régulièrement. Un « goulot d’étranglement » serait alors créé à ce niveau et il faudrait stocker les pièces en attendant que le poste 3 les transforme et les fasse progresser dans la chaîne de travail.

Kanban préconise ici le principe du juste-à-temps grâce à la mise en place d’un système de production tiré et non poussé. C’est le poste le moins productif qui doit dicter le tempo de la chaîne de production. Ici, le poste 3 doit demander 2 pièces au poste 2 qui les demandera ensuite au poste 1. Tous les postes produiront alors à la même fréquence pour que chaque pièce progresse régulièrement et sans pause dans la chaîne. Les temps d’en-cours et le stock seront diminués au maximum permettant des gains.

C’est alors que le Kanban entre réellement en action. Ce mot signifie étiquette en japonais. Le principe est qu’avant que le poste 3 arrive en fin de stock, il avertit le poste 2 qu’il doit commencer la production de nouvelles pièces. Tout l’art de cette méthode est de calculer à quel moment au plus tard le poste 3 doit demander ses pièces. Ce temps dépend du temps que le poste 2 met à produire les pièces et du nombre de pièces nécessaire. Une fois ce nombre calculé, une étiquette de réapprovisionnement est placée dans les pièces en attente de traitement du poste 3. Elle sera lue et envoyée au poste 2, au moment où le nombre de pièces en attente permettra de couvrir le temps de fabrication des nouvelles pièces.

etiquetteUn autre exemple parlant, ce principe peut être retrouvé dans les chéquiers. 5 chèques avant la fin, une étiquette Kanban permet de commander son nouveau chéquier. L’utilisateur a donc utilisé normalement son chéquier et un rappel pour se « réapprovisionner » facilement est placé au bon moment.

Quelques règles théoriques de base :

  • Production d'un poste de travail par lot de taille réduite mais fixe : un conteneur sur lequel on fixe le Kanban (étiquette).
  • Production uniquement de la quantité nécessaire pour le poste suivant.
  • Minimiser le nombre de Kanbans pour limiter l'en-cours.
  • Pouvoir s'adapter à de légères fluctuations de demande.

Quelle utilité dans l’informatique ?

Kanban a été adapté pour l’informatique par David J. Anderson. En repartant de la méthodologie de Toyota et du manifeste Agile, des principes et pratiques ont été établis. Ils permettent de limiter le nombre de tâches en cours, la durée de traitement d’une tâche et les goulots d’étranglement.

4 principes :

  • Commencez par ce que vous faites actuellement
  • Acceptez d’appliquer les changements évolutifs et augmentés
  • Respectez le processus actuel, les rôles, les responsabilités et les titres
  • Le leadership à tous les niveaux

5 pratiques :

  • Visualiser le workflow
  • Limiter le travail en cours
  • Mesurer le temps de cycle
  • Rendre les règles explicites
  • L’amélioration continue

Exemple de tableau de bord Kanban

Considérons un projet entamé avec la majorité des tâches à faire, quelques tâches en développement, en test ou en attente de livraison chez le client.

tableau bordEtape initiale : Le tableau est passé en mode Kanban : un nombre limite (de tâches pouvant être stockées) est indiqué en haut des colonnes que l’on souhaite optimiser (la phase de développement et de test). La colonne développement est divisée entre le travail en cours et celui terminé en attente de passer en test. Kanban étant un processus tiré et non poussé, un développement terminé ne passe pas automatiquement en test, il faut qu’une place se libère du test avant. Si l’équipe est bloquée car un développeur ne peut plus commencer de nouvelle tâche, il va naturellement venir aider à faire le test qui bloque et ainsi faire avancer tout le projet.

tableau bord kanbanÉtapes d'avancement : Une fois que le test validé est passé en attente de livraison, la colonne « Test » peut accueillir une nouvelle tâche à faire. La colonne « Développement » n’est plus à sa limite et un développeur peut entamer une nouvelle tâche.

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Etape finale : Le tableau Kanban peut être amélioré avec une ligne « Expedit » pour gérer les tâches urgentes. Hors des limites par colonne, cette ligne peut permettre d’effectuer une tâche au plus vite.

tableau bord expedit

Articles connexes

Tableau Jira Kanban : https://www.sodifrance.fr/blog/reunissez-tous-vos-projets-agile-dans-un-seul-tabelau-jira/

Limite du ScrumBan (méthodologie qui combine le meilleur de Scrum et de Kanban) : https://www.sodifrance.fr/blog/scrumban-un-bon-compris-pas-toujours/

Conclusion et retour d’expérience

Le Kanban permet de réduire la durée de vie d’un ticket, de limiter le nombre d’en-cours et de lever des alertes sur les goulots d’étranglement au plus vite et aussi d’aider à les résoudre.

Ces caractéristiques en font un outil adapté pour les équipes de support ou de TMA qui doivent traiter au plus vite des tickets souvent indépendants.

Comme toutes les méthodologies agiles, elle est adaptable. Les principes de base peuvent amener une réflexion sur comment organiser son travail sans forcément être contraint par les règles.

Sur notre projet, nous étions sensibles à l’idée de gérer notre goulot d’étranglement qui était la phase de test menée par le chef de projet. Nos développements étaient souvent testés trop tard, longtemps après leur réalisation et trop proche de la livraison. Nous avons donc mis en place une phase de test réalisée par un autre développeur dès la fin de la réalisation. Nous voulions réduire la durée de vie du ticket pour pouvoir résoudre au plus tôt les erreurs sur les réalisations.

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